Espace de coworking et développement du territoire

Les intervenants et l'animatrice de la table ronde avec le Synaphe
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Espace de coworking et territoire : un vrai levier de développement économique ?

Le 9 septembre, WeForge Angers Gare a accueilli une table ronde co-organisée avec le Synaphe et B’CoWorker. Autour d’Olivier Véran, ancien ministre des Solidarités et de la Santé, et de quatre acteurs économique, la discussion a débuté autour d’une question simple : un espace de coworking transforme-t-il réellement un territoire, ou reste-t-il un simple reflet du télétravail ? Retour sur une heure 

Autour de la table : Olivier Véran (ancien ministre, dirigeant de la société InnOv), Simon Gérard (cofondateur de WeForge, président du Collège Coworking du Synaphe), Virginie Beurton-Le Mignon (directrice générale d’Ageval Solutions, alumni forgeronne de WeForge) et Damien Pierre (cofondateur de Delivagri, lui aussi alumni forgeron de WeForge). L’animation revenait à Juliette Cottin, l’introduction à Agnès Ramé (directrice générale de B’CoWorker, secrétaire du Synaphe) et Romain Laventure (secrétaire général de Kandbaz, président du Synaphe).

Agnès Ramé et Romain Laventure ont introduit l’enjeu de la rencontre : le coworking est-il « un véritable levier de développement pour nos territoires, ou seulement le reflet d’un mouvement plus large, celui du travail à distance » ?

 

Le coworking, reflet d’une mutation profonde du travail

Avant la crise sanitaire, seuls 2 % des salariés français pratiquaient le télétravail. Ce chiffre dépasse aujourd’hui les 20 %, un basculement que les intervenants ont replacé au centre des débats.

Le gouvernement vise, sa feuille de route de transition écologique à l’appui, 15 millions de Français en télétravail au moins deux jours par semaine. Un objectif encore loin d’être atteint, a rappelé Olivier Véran, pour qui cette trajectoire répond avant tout à un enjeu de réduction des émissions liées aux transports domicile-travail.

Le travail à distance seul n’explique pourtant pas la dynamique des espaces partagés. Simon Gérard, cofondateur de WeForge et président du Collège Coworking du Synaphe, distingue nettement le télétravail à domicile, qu’il qualifie de simple travail à la maison, du coworking, qu’il décrit comme une forme de bureau à part entière, différente et complémentaire.

Fondé en 2013, WeForge a d’emblée pensé son premier espace au-delà de la mise à disposition de bureaux partagés. Le modèle se situe à mi-chemin entre l’accompagnement d’entreprises qui font de l’incubation ou de l’accélération, et un lieu neutre d’accueil professionnel. Objectif affiché dès l’origine : permettre aux entrepreneurs de discuter avec leurs pairs, autour d’une machine à café, et de gagner un accès plus rapide à des clients ou des investisseurs.

L’espace de coworking, un véritable levier de développement pour le territoire

Pour Simon Gérard, la question dépasse largement l’immobilier : « Avec le coworking, on touche à la création d’emploi et au développement économique. »

Cette conviction s’appuie sur des trajectoires concrètes, comme celle de Damien Pierre.

Damien Pierre s’en souvient bien. Arrivé en 2015 pour une simple adresse de domiciliation, il en repart huit ans plus tard avec ses propres bureaux et une conviction : « C’est avec des entrepreneurs que l’on crée des entreprises. »

Entre deux cafés, il a trouvé des collaborateurs, des clients, des repères. 

« Ça rompt l’isolement (…) cette proximité informelle va créer des opportunités business. » confirme Virginie Beurton-Le Mignon depuis son expérience de forgeronne.

Elle va plus loin : trois quarts des compétences dont une entreprise peut avoir besoin se croisent, à un moment ou un autre, dans un espace comme WeForge. Cette proximité informelle a également donné naissance à de nouvelles sociétés, comme Cross Data, née d’une rencontre entre deux entrepreneurs installés séparément chez WeForge.

Virginie Beurton-Le Mignon, directrice générale d’Ageval Solutions et alumni forgeronne, confirme cet effet sur le territoire. Un espace de coworking bien géré favorise, selon elle, l’ancrage résidentiel des actifs, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que la mutualisation de ressources, d’espaces culturels ou de lieux de fabrication.

Olivier Véran ajoute une comparaison venue d’Allemagne. Le pays s’appuie sur un tissu de PME régionales, le Mittelstand, capables de se fournir mutuellement en matières premières ou en services numériques à l’échelle locale. « On est en train de créer une nouvelle tradition française de travail en commun qui nous a toujours manqué historiquement », observe-t-il, un manque que l’essor des espaces de coworking commencerait, selon lui, à combler.

Le modèle économique varie aussi selon les opérateurs. Certains espaces de coworking fonctionnent sur un principe d’adhésion à une communauté, sans facturation détaillée de chaque service. D’autres opérateurs, davantage positionnés sur une logique de gestion de clientèle, accompagnent une entreprise dès son arrivée et cherchent à la fidéliser à travers un ensemble de services. Une même entreprise, installée un temps dans un espace de coworking, garde souvent la porte ouverte pour y revenir plus tard, au gré de ses besoins immobiliers.

Quel impact sur les commerces et l’immobilier des centres-villes et des périphéries ?

L’effet d’un espace de coworking sur son territoire se lit aussi dans les rues qui l’entourent. À Angers, les 2 sites de WeForge regroupent environ 400 occupants sur 4 000 m². 

« Les commerces et restaurants du centre-ville connaissent bien les forgerons », note Simon Gérard, qui cite aussi l’arrivée remarquée de WeForge à Cholet. 

Chaque jour, ces professionnels, leurs clients et leurs partenaires font vivre les commerces et les restaurants adjacents.

Dans les villes moyennes, l’équation change de nature. Un espace de coworking n’y joue plus seulement un rôle de bureau partagé : il redevient une nouvelle place du village, selon l’expression employée à plusieurs reprises pendant la table ronde. Les intervenants citent l’exemple de Cholet, où le commerce de centre-ville reste fragile et où la présence quotidienne d’occupants d’un espace de coworking constitue un appui concret.

Dans les territoires périphériques, le constat diffère. Un espace de coworking y offre une alternative concrète à la centralisation économique, sans obliger les actifs à renoncer à leur cadre de vie. Il permet aussi à des grandes entreprises d’implanter des équipes ponctuelles, plus proches de parkings ou de zones moins accessibles en transports, un enjeu que le secteur cherche encore à mieux standardiser.

Damien Pierre résume la double fonction de ces lieux, à la fois pratique et humaine : « Ils répondent à des besoins purement immobiliers et très pratiques de locaux au départ. Ils ont aujourd’hui cette autre fonction, le développement de services, qui aide les entreprises à se construire. »

Vers une reconnaissance politique de l’espace de coworking sur le territoire

Le Synaphe structure la profession depuis 1993. Le syndicat recense pourtant 17 codes NAF différents pour désigner une même activité selon les territoires, un flou réglementaire que Simon Gérard compare au chemin parcouru par l’hôtellerie, aujourd’hui classée et normée.

Cette absence de statut clair pèse sur la fiscalité. Certains espaces de coworking restent soumis à une taxe sur les bureaux calculée comme pour un immeuble tertiaire classique, alors que leur fonction dépasse largement le mètre carré loué : accompagnement des entrepreneurs isolés, structuration de réseaux locaux, collecte de cotisation foncière des entreprises pour des sociétés nouvellement installées sur le territoire.

Pour Olivier Véran, « L’élu doit, à minima, être facilitateur » face à ces projets. 

Il défend une reconnaissance de l’utilité publique de ces lieux, au même titre que d’autres dispositifs d’accompagnement à l’entrepreneuriat, et alerte sur l’isolement croissant que vivent de nombreux créateurs d’entreprise, malgré un engagement associatif par ailleurs élevé en France.

La campagne présidentielle à venir pourrait constituer une fenêtre pour porter ces revendications, selon les intervenants. Simon Gérard plaide pour un dialogue direct avec les pouvoirs publics, construit avec les acteurs du terrain plutôt qu’à distance de leurs besoins réels.

Le coworking, un pari gagnant pour les territoires de demain

La formule retenue par les participants résume bien l’esprit de cette heure d’échanges :

« On vient pour un bureau, on y reste pour la communauté. » Simon Gérard.

Un espace de coworking répond à un besoin immobilier immédiat, mais sa valeur se construit surtout dans la durée, à travers le réseau qu’il permet de tisser sur son territoire.

Pour les entrepreneurs comme pour les collectivités, la question n’est donc plus de savoir si un espace de coworking a un impact sur un territoire, mais comment accompagner cet impact pour qu’il profite au plus grand nombre.

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Responsable Communication & Marketing de WeForge, je décrypte les enjeux du coworking et de la domiciliation d'entreprise pour aider les entrepreneurs à trouver une réponse à leur besoin (et quand je ne suis pas derrière mon clavier, je suis derrière ma batterie 🥁).


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